Artisanat : un secteur en pénurie

Malgré les inquiétudes sur la santé du secteur, les recrutements restent au beau fixe pour les électriciens, les plombiers, les maçons...

Trouver un électricien ou un plombier devient de nos jours de plus en plus difficile, notamment l’été. Ces artisans sont aujourd’hui débordés, du coup les durées des chantiers s’allongent. Il faut dire que ces professionnels ne sont aujourd’hui pas assez nombreux. Un paradoxe « à la française », puisque la demande n’a jamais été aussi forte. Pourquoi cette pénurie alors que la santé de ce secteur est éclatante ?

Une situation qui se dégrade

Les artisans du bâtiment (plombiers, électriciens, menuisiers, couvreurs, peintres etc…) assument 70% de tous les travaux de l'entretien et de l'amélioration de l'habitat en France. Mais il faut souvent attendre de longs mois avant de pouvoir faire débuter les travaux.

L’explication est simple : l’offre ne suit pas la demande. Si en dix ans, le nombre d’artisans a progressé de plus de 10%, cette hausse s’est révélée incapable de satisfaire la demande dynamisée notamment par la baisse de la TVA à 5,5% décidée en septembre 1999. Les raisons de ces difficultés sont multiples.

Comme dans beaucoup de métiers manuels, et notamment ceux liés au bâtiment, les jeunes recrues manquent à l’appel. Les formations professionnelles ont toujours du mal à séduire, plombées par des a priori négatifs (travail difficile, salaires bas, horaires décalés…) qui pourtant n’ont plus lieu d’être. Dans le même temps, les fils d’artisans rechignent à prendre la relève. Or, l’artisanat de père en fils a longtemps caractérisé le secteur. Avec les nombreux départs en retraite des “baby boomers”, la situation de pénurie risque donc d’empirer. Enfin, la complexité de la création d’entreprises en France et le manque de compétences en gestion et en administration des jeunes artisans freinent leurs installations.

De nombreuses offres à saisir

Conséquence, la situation des recrutements dans ces métiers est très favorable. Un tiers des petites entreprises du bâtiment embauchent dès le démarrage de leur activité et 80% des apprentis sont embauchés en Contrat à durée indéterminée (CDI) à l’issue de leur formation. Electriciens, maçons ou couvreurs n’ont aujourd’hui aucune difficulté à trouver un emploi. Surtout, avec de l’expérience et des bases en gestion et comptabilité, ces professionnels peuvent créer ou reprendre une entreprise. Il faut dire que dans le même temps, l’activité reste très dynamique.

Selon le dernier bilan conjoncturel de l’UPA (Union Professionnelle Artisanale), les artisans du bâtiment se distinguent toujours par l'augmentation exceptionnelle de leur activité (+ 6,5 % de croissance du chiffre d'affaires en valeur au premier trimestre 2008 après une année 2007 exceptionnelle) alors que globalement l’artisanat ne progresse que de 3%. Face à la morosité économique ambiante, l’artisanat du bâtiment tire particulièrement bien son épingle du jeu.

Toujours selon l’UPA, l’activité des artisans du bâtiment a progressé en volume de 2% au premier trimestre contre 1,5% au trimestre précédent, soit un rythme plutôt satisfaisant pour un premier trimestre, période de l’année traditionnellement moins dynamique compte tenu de conditions climatiques peu favorables. Cette embellie profite à l’ensemble des métiers, les maçons et les électriciens tenant le haut du pavé avec une hausse en volume de leur chiffre d’affaires de 2,5%.

Reste que le ralentissement économique mondial et la hausse des prix commence à pénaliser le secteur. Selon la Capeb, Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment, au deuxième trimestre, l’activité a subi un réel coup de frein. Le chiffre d’affaires des artisans du bâtiment a ainsi progressé de seulement 0,5 % en volume pendant la période (En valeur, le chiffre d’affaires progresse toutefois de 5,5 %). Le durcissement des conditions de crédits et la baisse du pouvoir d’achat sont autant de facteurs qui pèsent sur la demande adressée aux artisans du bâtiment.« Simple rééquilibrage après un excellent premier trimestre ou réel retournement de conjoncture ? Il est encore difficile de savoir de quel côté penchera la balance. Les carnets de commandes, certes, se dégarnissent, mais ils demeurent encore largement supérieurs à ceux de bien des secteurs », commente la Capeb.

Dynamiser le secteur

Si la pénurie d’artisans s’explique par la désaffection des filières techniques par les jeunes, les conditions complexes de création et d’exploitation des entreprises artisanales sont aussi souvent mises en avant. Il faut savoir qu’une très grande majorité de ces entreprises ne sont composées que de 1 à 4 salariés, patron compris. Et beaucoup jettent l’éponge à cause de problèmes de gestion et ce, malgré des carnets de commandes pleins !

Dans le cadre de la loi de Modernisation de l’Economie qui a été adoptée par le Parlement, divers outils ont été prévus pour faciliter la tâche de ces entrepreneurs. Un régime dérogatoire a été mis en place pour le statut d’auto-entrepreneur (micro-entreprise), de nouvelles règles pour la transmission d’entreprise, la protection du patrimoine personnel du chef d’entreprise ou pour l’extension du statut de conjoint collaborateur aux personnes liées par un PACS ont été créées. Néanmoins, les professionnels jugent ces dispositifs insuffisants, voire sources « de complications et d’incertitudes supplémentaires ».

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